Thomas Chupin, une voix au service de l'info

Catégorie : L'interview en 3 questions

08/06/2020


A quoi sert une voix ? Doit-elle être "belle" pour délivrer une information efficacement ? Thomas Chupin est l'une des voix qui décortique l’actualité sur l'antenne d'RMC. Tour à tour journaliste présentateur des journaux, grand reporter et rédacteur en chef, il a beaucoup travaillé pour que sa voix soit une alliée. C'est le quatrième portrait de la série consacrée aux professionnel-le-s de la voix !

A bientôt 40 ans, Thomas Chupin a couvert de multiples événements en France mais aussi à l'étranger. Depuis 14 ans, il sillone le pays et le monde pour tendre son micro tantôt aux manifestants des Révolutions Arabes, tantôt aux athlètes lors des Jeux Olympiques de Rio, ou pendant la Coupe du monde en Russie.
Mais ce n'est pas sa seule casquette. Le journaliste, qui a longtemps présenté les journaux matinaux du week-end et parfois ceux en semaine, assure également la rédaction en chef de la radio occasionnellement. Diplômé de l'ESJ Paris, il y dispense des cours et c'est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés en 2016, avant de se recroiser à RMC. J'ai aimé sa passion, sa rigueur et sa disponibilité. Des qualités que j'ai retrouvées et fortement appreciées quand je lui ai proposé de se prêter à l'exercice des 3 questions.

Que représente la voix pour toi ?
J’écoute la radio depuis mes onze ans. C'était pendant les Jeux Olympiques d’Albertville en 1992 que j'ai découvert ce média (en l’occurrence France Info). Depuis c’est donc une voix de journaliste que j’entends en premier le matin, et parfois le soir avant de dormir.

Jusqu’à devenir moi-même journaliste radio, je ne m’étais jamais posé la question de l’importance de la voix. Pourtant c’est en radio bien sûr qu’elle a le plus de poids : elle doit être chaleureuse, surtout pas triste (l’actualité se suffit à elle-même), grave ou pas grave peu importe, elle doit simplement vous faire comprendre qui parle. Quand vous écoutez la radio, et qu’immédiatement vous reconnaissez une voix, c’est ce qui est confortable à l’écoute, et c’est ce qui vous fait rester.

Comment utilises-tu la tienne ? 
Mon boulot principal, celui que j’aime encore après toutes ces années, c’est d’être sur le terrain, de faire parler les gens, qu’ils me racontent leur vie, leurs histoires, leurs galères, leurs engagements. Et de mon côté, j'aime aussi retranscrire ce que je vois, en direct ou en enregistré pour des reportages.

J’ai eu quelques déboires avec ma voix. Trop aigue, pour certains prof d’école, voir pour certains de mes chefs dans le passé. Une rapide formation avec une actrice m’a permis d'assimiler plusieurs éléments : une voix c’est comme une couleur on l’aime ou on ne l’aime pas, il n’y a pas de voix parfaite ou de mauvaise voix.
Ensuite, impossible d’avoir une voix audible en situation de stress. Cela vous fait crier dans le micro, et ce n’est pas vraiment agréable pour l’auditeur. Donc on souffle un peu, on dédramatise, et la voix sera ensuite posée.
Enfin ce qui fait une voix, c’est aussi l’écriture. J’ai présenté de nombreux journaux radio, tout est écrit. Des phrases courtes, nominales, le respect de la ponctuation, un vocabulaire précis, et la voix suivra. Et je me dois de maîtriser mon texte à la perfection, ce qui forcément limitera le stress.

Il faut accepter sa voix. J’ai bien tenté de parler avec un timbre plus grave au micro, de me forcer, mais ça ne tient que pour les deux premières phrases, ensuite le cerveau passe à autre chose.

Et quand vous présentez un journal, au lieu de "chanter" en modulant les tons, il vaut mieux varier les rythmes de diction, c’est ce qui me semble le plus efficace pour ne pas tomber dans la monotonie. 


Peux-tu me citer une ou plusieurs voix que tu aimes ?
Dans mon métier, forcément j’ai beaucoup écouté Jean Jacques Bourdin, et sa voix très identifiable !! Sur RMC, on a vu passer pour plusieurs saison Maitena Biraben, hyper naturelle, le sourire mais sur des sujets parfois lourds. 

Autrement, quand vous écoutez Fabrice Drouelle sur France Inter, il y a une voix qui va avec l’écriture. Quand il vous raconte une histoire vous ne pouvez que l'écouter.

Et puis une jeune journaliste de France Info, j’adore sa voix, son rythme, elle s’appelle Agathe Mahuet, elle a une forte identité vocale. 

Yoko

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