Babette Vimenet, de l'art de diriger les comédien-ne-s

Catégorie : L'interview en 3 questions

29/05/2020


On change de perception pour ce troisième article de la série consacrée aux professionnel-le-s de la voix. Babette Vimenet n'est pas derrière un micro. Mais avec sa voix, elle guide et accompagne des comédien-ne-s.

Babette Vimenet est tombée dans la marmite de l'animation étant petite. Son père, Jean Vimenet était peintre et animateur chez Paul Grimault « le roi et l’Oiseau ». Fraichement sortie de l’école des Arts Appliqués en 1977, elle fait ses premières armes en pompant avec les Shadoks de Jacques Rouxel. Après avoir arpenté les studios pendant dix ans pour exercer ses talents de dessinatrice, elle enseigne pendant une autre décenie notamment aux élèves de la fameuse école Gobelins à Paris essentiellement, mais aussi à Blois, Lisbonne et au Port sur l’île de la Réunion.

En 1997, elle intègre France Télévision, en dirigeant tout d’abord l’atelier vidéographique de France 3 Nancy, puis au niveau national où elle exerce la fonction de Conseillère de Programmes avant de devenir directrice Adjointe de l’Unité jeunesse. Au bout de neuf années de co-productions endiablées et d’aventures formidables comme celles d’ « à toi l’actu@ » et de « Mon Canard », journaux télévisés quotidiens pour les 8-12 ans, elle se lance en 2007, dans une aventure qui lui tient à cœur depuis longtemps et dirige un studio de post production son, dédié au film d’animation.

En 2016, elle est de retour sur le terrain de la production en tant que directrice d’écriture pour des séries et films en animation ou non. En complément à ce travail de direction d’écriture, Babette continue de fréquenter les studios d’enregistrement en faisant des castings et de la direction artistique.

Babette a gentiment accepté de répondre à mes questions et me parler de sa vision du métier.

 

 

Que représente la voix pour vous ?

La voix représente pour moi l’expression, le son, l’interprétation, l’intelligence des mots.

C’est en premier lieu ce qui me séduit dans une voix : la compréhension des mots,  du texte, la sensibilité, les nuances, le timbre, la scansion, la musique. Les timbres de voix font appel à nos sensibilités. Certains timbres évoquent tout de suite des choses, d’autres non.

Je suis sensible aux personnes autant qu’aux voix. Une belle voix dans une personne détestable n’a aucun intérêt pour moi. La voix, c’est un tout. 

 

Comment utilisez-vous la vôtre ? 

J’utilise ma voix pour m’exprimer, je ne suis pas comédienne, je suis Directrice Artistique (DA). Dans mon travail, j’organise des castings et je dirige des comédiennes et comédiens. Je suis spécialisée dans le film et la série d’animation.

Il faut tout d’abord comprendre le projet, savoir à qui l’on s’adresse. En animation, dans l'inconscient collectif, on s’adresse aux enfants, pourtant c’est plus subtil que cela. Que l’on s’adresse à la famille, à des enfants de 3 ou 11 ans, ou à des ados ce n’est pas la même chose. C’est comme dans la vie. Vous ne vous exprimerez pas de la même façon selon que vous parlez à vos parents ou à un prof, ou encore à un pote ou à votre grand-mère. Vous ne placerez pas votre voix de la même façon, votre diction changera, vous ne prendrez pas les mêmes précautions, vous n’aurez pas le même souffle, ni les mêmes intonations. 

Il faut comprendre le programme, lire les scripts, regarder les dessins, les images, les univers et échanger, discuter avec le réalisateur pour commencer à imaginer comment les « personnages » vont s’exprimer, comment ils vont parler, quel sera leur débit, leur scansion. Quand je découvre un nouveau projet, j’essaie d’imaginer quelles voix auront les personnages et à quels comédiennes ou comédiens je vais pouvoir confier ces rôles. C’est amusant !

Ce que j’aime avec l’animation, c’est que tout est à inventer. Les personnages qu’ils soient dessinés, en 3D, en pâte à modeler, en fil de fer ou en papier mâché n’ont pas de voix à l’origine. Le travail de la voix en animation est le plus riche, le plus divers, le plus étonnant, le plus drôle qui soit. On peut faire parler des humains bien sûr, mais aussi des animaux, des objets ou des plantes : en animation tout est possible ! Cela demande donc beaucoup d’imagination et d’inventivité, et beaucoup de talent de création aux comédiennes et comédiens.

Le doublage n’est qu’une technique. Or, en animation, on ne peut pas « doubler » un chat ou une tasse à café et pourtant on les fait parler. Même Totoro a une voix. C’est un comédien qui l’a créée. Ecoutez notre très regretté Med Hondo quand il joue l’âne de Shrek, écoutez Philippe et Véronique les voix françaises des Simpson et vous comprendrez qu’ils ne « doublent » pas, ils créent, ils inventent, ils adaptent. Ils deviennent leurs personnages.  

 

Pouvez-vous me citer une ou plusieurs voix que vous aimez ?

Je citerais Brigitte Lecordier et Dorothée Pousséo ou Patrice Dozier et Emmanuel Garijo. Ce sont des personnes que j’aime et des comédiennes et comédiens de très grands talents.

 

Yoko

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