Attentats du 13 novembre 2015 à Paris : Roman, qui a survécu, se confie dans un documentaire audio inédit

Catégorie : Dans mes oreilles il y a...

21/05/2021


Il aura fallu six mois de travail à Antoine Bonnet pour parvenir à retranscrire le parcours de Roman depuis cette fameuse nuit du 13 novembre 2015. Dans le podcast Fluctuat nec mergitur, les éclipsés de la ville lumière, les deux amis d'enfance reviennent sur cet événement qui a marqué l'esprit de tous les Français ainsi que sur la vie d'après et la phase de reconstruction.

Quand Antoine me parle de son podcast fraichement sorti, il s'excuse presque de la qualité audititive. Pourtant c'est un véritable objet sonore qu'il a produit : quatre épisodes d'une vingtaine de minutes, habillés par des virgules musicales, des silences, des extraits radio et des voix entrelacées en arrière-plan. 
Fluctuat nec mergitur, les éclipsés de la ville lumière, est un documentaire audio qui recueille le témoignage de Roman, 24 ans à l'époque, venu fêter l'annniversaire de sa copine Jessica, au restaurant La belle équipe dans le 11ème arrondissement de la capitale, le soir où les terroristes ont semé la terreur sur les terrasses et au Bataclan.

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Sauvé par le foot

Antoine et Roman se connaissent depuis plus de vingt ans. Ils se sont suivis du CE1 où leur amitié est née, jusqu'au lycée où ils appartenaient à la même bande de potes. Et le 13 novembre 2015, ils devaient tous se réunir pour l'anniversaire de Jessica, dans un bar. Mais Antoine et un autre ami n'étaient pas présents. Il m'explique : "Il y avait France-Allemagne. On s'était dit, on regarde le match et on les rejoint après. Le football m’a préservé de ce grand malheur."

Cinq ans plus tard, c'est donc avec une oreille attentive qu'il a reccueilli le témoignage de Roman, même si ce n'était pas toujours évident pour le créateur du documentaire : "Je connaissais les grandes lignes de l'histoire, mais pas les détails. C'était difficile de ne pas réagir en entendant certaines choses, de ne pas intervenir car nous étions face à face et je ne voulais pas le troubler", admet-il. "Ce qui m'a aidé, c'est que j'étais très concentré sur la technique car j'avais peur qu'il y ait un problème d'enregistrement."

Le besoin de raconter

"C'est Roman qui a manifesté l'envie de livrer son récit. Il se sentait prêt, mais il ne savait pas comment s'y prendre", me confie Antoine. "Moi je commencais à m'intéresser au travail du son, j'avais un micro prêté par un ami. Je lui ai proposé de venir chez moi et de me raconter ce qui s'était passé ce soir-là et la suite jusqu'à aujourdhui", poursuit-il. Les deux amis se sont donc retrouvés chez Antoine le 14 novembre 2021, soit cinq ans et un jour après les attentats.

Pendant près de cinq heures, Roman raconte sa reconstruction, du sauvetage de Jessica, sa petite amie, touchée à plusieurs reprises, à son appréhension du procès en septembre prochain, en passant par le deuil de son ami Victor Munoz, assassiné sur le coup, à l'âge de 24 ans.

La difficulté de faire ressurgir le passé

"Sur le coup, Roman était satisfait. Il n'avait pas craqué et c'était une victoire. Mais les jours qui ont suivis ont été plus difficiles pour tous les deux. On a eu des maux de ventre parce que notre échange nous a replongé dans une période particulière. Mais aussi parce qu'il s'est laissé porter par l'exercice et craignait d'en avoir trop dit, d'avoir trop détaillée l'intimité des protagonistes et principalement celle de Jessica." Pourtant, après une écoute que l'on imagine toute particulière, la principale intéressée salue le résultat et l'initiative prise par son conjoint. Dans leur entourage aussi la diffusion du documentaire a provoqué des réactions positives : certains de leurs amis, présents ce soir-là ou non, ont également libéré leur parole et mis des mots sur leur traumatisme. 

Roman, mis en confiance par Antoine, livre un récit intimiste et inspirant. Il raconte ce que beaucoup considèrent comme les petites histoires qui font la grande. Quand le vécu personnel devient un témoignage pour la mémoire collective, alors les éclipsés finiront bien par nous éblouir de leur éclatante lumière.

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tag : 13 novembre podcast attentat témoignage